Top 12 Idées reçues sur la créativité

Innovation, créativité… on ne cesse de répéter que l’innovation et la créativité augmentent la productivité et la compétitivité de l’entreprise. Pourtant, les entreprises ont encore beaucoup du mal à appliquer ce concept en méthode et résultat, à moyen et à long terme, et se confrontent également à une large palette d’idées reçues.

Démystifions donc la créativité en passant en revue celles qui sont les plus rependues (et fâcheuses), ainsi que certains préjugés et demi-vérités.

Idée reçue n°1 : La créativité c’est avoir un talent artistique ou se résume à une activité de détente

On croit qu’être créatif c’est savoir peindre, écrire un roman, composer de la musique…On associe également la créativité aux activités de détente comme le scrapbooking, le coloriage pour adultes et les activités DYI en tout genre…

Aborder la créativité uniquement du point de vue du loisir créatif ou du talent artistique c’est très très réducteur. Aucun progrès humain ne serait possible sans créativité, cette capacité à remettre en question les certitudes d’hier pour s’adapter à la réalité d’aujourd’hui, et relever les défis de demain.

Est-ce que je peux donc espérer utiliser ou développer ma créativité si je ne suis ni musicienne, ni écrivaine ni metteuse en scène, ni designer ? Un technicien peut-il être créatif ? Un médecin peut-il être créatif ? Un politicien peut-il être créatif ? Monsieur ou madame Tout le monde ne sont-ils pas capables d’être créatifs ?
Contrairement à certains préjugés, la créativité intervient à tous les niveaux de la société dans laquelle nous vivons : social, culturel, pédagogique, environnemental, politique, artistique, scientifique. En entreprise c’est pareil, la créativité intervient dans la recherche, la stratégie, la conception du produit/service, le développement technique ou commercial, le recrutement, le management…

Idée reçue n°2 : La créativité c’est la prise de risque (et ce n’est pas pour aujourd’hui)

La créativité est associée avec la prise de risque, avec le changement. Face à la résistance naturelle de l’être humain au changement, elle fait peur et on lui attribue une connotation négative.

Rien n’est permanent, sauf le changement. Héraclite d’Ephèse

Je dirais plutôt que la créativité c’est l’art de l’amélioration continue. Le risque serait, surtout, de ne rien faire face à un changement qui opère de toute façon chaque jour.

La créativité est nécessaire et intervient aussi pour faire face au changement et non pas toujours pour le provoquer. Elle intervient également pour résoudre des problèmes, trouver des solutions en situation de crise ou tout simplement pour améliorer la productivité d’une équipe, d’un processus, d’un produit ou service.

Quant au risque, je termine par citer Mark Zuckerberg :

Aujourd’hui, le plus grand risque est de n’en prendre aucun… Dans un monde qui change si rapidement, la seule stratégie qui vous mènera à l’échec est celle consistant à ne jamais prendre de risque.

 

Idée reçue n°3 : Les créatifs sont désordonnés et manquent d’organisation dans leur travail

Il y a des médias qui ne cessent d’alimenter des idées du style « plus notre bureau est en désordre, plus on est créatifs » où on apprend que le « bordel » serait indicateur d’une « forte conscience productive ».

Qu’en est-il réellement ?
A vrai dire… personne ne peut le savoir avec certitude. L’esprit humain est trop complexe et cache encore (trop) des mystères, même pour la communauté scientifique.

Les recherches de Kathleen Vohs, chercheuse en psychologie à l’université de Minnesota, montrent que les pièces en désordre permettraient de produire plus de pensées créatives. Mais elle note également que la relation entre le désordre et la créativité n’est pas une relation de cause à effet et c’est ce qu’il faut retenir. Einstein semble partager cette conclusion également : « Si la vue d’un bureau encombré évoque un esprit encombré… Qu’évoque alors un bureau vide ? ».

Dans l’absolu, le chaos n’existe pas, il n’est qu’une formulation de l’ordre mais ça c’est une toute autre histoire.
Ce qu’il faudrait plutôt retenir serait que ce n’est que si vous avez une tendance naturelle au désordre et que vous la réprimez, que vous risquez aussi de réprimer vos capacités d’imagination et de création globales.

Idées reçue n°4 : Les créatifs ont un caractère un peu désinvolte, irresponsable (sous-entendu des fois : inefficace)

Dans beaucoup d’esprits, la créativité est associée au monde de l’art, des travaux manuels, de la cuisine, à l’improvisation, voir au manque de professionnalisme.
Le fait d’être créatif peut aller de pair avec un comportement un peu désinvolte, inefficace, irresponsable même et, en définitive, préjudiciable pour les salariés et l’organisation. Ne dit-on pas facilement de quelqu’un qui manque de rigueur que c’est un…créatif ?

La vérité est que les personnes créatives sont dotées d’une réelle lucidité sur les objectifs à atteindre et d’une capacité à s’organiser et travailler qui surpassent généralement la moyenne des salariés d’une entreprise. La principale raison est que les personnes créatives ont tendance à être intrinsèquement motivées. Les psychologues ont démontré que les personnes créatives trouvent leur énergie dans les activités difficiles, d’où l’effort et l’obstination à chercher de nouvelles idées, à résoudre des problèmes et à créer.

Concernant l’organisation dans leur travail, on peut rencontrer chez les « créatifs » une tendance à la procrastination. Par contre, soyez sûrs que si vous donnez une date limite à un créatif, il va la respecter. Mais il fera probablement 90% de son travail à la veille de l’échéance. Chose qui ne fait que confirmer sa capacité à travailler sous la pression, à faire du « multi-tasking » et à jongler avec des délais très serrés.

Idée reçue n°5 : « La créativité est l’innovation ». Et l’innovation ne peut être que « technologique »

Deux idées reçues en une seule :

« La créativité est l’innovation » : Ne mélangeons pas créativité et innovation même si l’une dépend de l’autre.
La créativité est le processus de création de l’innovation, celui qui aboutit à l’idée innovatrice. C’est l’art de remettre en question l’existant et de rechercher des idées nouvelles.
L’innovation est la mise en œuvre de ces nouvelles idées. Les deux notions sont donc complémentaires et aboutissent ensemble à ce qu’on qualifiera après d’ « innovant ». Et ceci dans quelque domaine de l’activité humaine que ce soit.

« L’innovation ne peut être que technologique »
Les médias ne cessent de parler de l’innovation technologique, en abordant que très rarement l’innovation sociale, pédagogique, juridique, culturelle, environnementale….
En entreprise, la créativité peut, également, s’étendre à d’autres domaines: apporter une nouvelle conception d’un produit déjà existant, créer de nouvelles utilisations, une façon nouvelle de voir le client….Enfin, vous pouvez innover à tous les étages de l’entreprise : pour manager, recruter, pour vendre ou encore pour produire !

Idée reçue n°6 : La créativité manque de sérieux et c’est difficile de mesurer sa valeur
Pour le commun des mortels et ceux qui ne s’intéressent pas à la créativité, être créatif demeure une notion floue et donc peu crédible, inaccessible et difficilement mise en pratique.

Et pourtant…. Que faire quand les vieilles recettes ne permettent plus de préparer des bons gâteaux ? Toutes les entreprises sont confrontées, à un moment ou un autre, à trouver des solutions nouvelles, originales, qui font la différence.

Ce n’est pas la créativité à proprement parler qui s’avère profitable à l’entreprise. Ce qui apporte de la valeur c’est la créativité en tant que réponse à un problème ; comme instrument pour la résolution de problèmes, pour l’innovation, pour fédérer une équipe dans le cadre d’un changement, comme méthode de travail (pour débloquer des situations de crise), pour la formulation des solutions complètes, pour créer un nouveau produit, une marque, un service….

Etre « créatif » c’est en effet être encore plus productif. Etre créatif c’est être orienté résultats, sur la résolution de problèmes, sur la génération des idées qui font la différence et sur la création de valeur.

Pour pouvoir déterminer sa valeur, il faut ensuite vérifier que des solutions et des propositions concrètes ont été apportées dans un laps de temps déterminé en évaluant le progrès et en alimentant le processus.

Il faut réaliser l’évaluation parallèlement à la mise en œuvre, non pas comme un processus distinct de l’activité principale de l’entreprise, mais comme un processus continu.

Idée reçue n°7 : Pour stimuler sa créativité il faut recourir à la drogue et à l’alcool

Baudelaire, Balzac, Hemingway, Fitzgerald, Francis Bacon, John Lennon, Bob Dylan, Les Beatles….
Rockeurs, peintres comme écrivains…des grands artistes de l’histoire qui étaient souvent aussi de grands consommateurs de drogue et buveurs?

C’est presque un cliché : l’artiste recourant à la drogue pour libérer sa créativité.
Des chercheurs de l’Université de l’Illinois à Chicago, aux Etats-Unis, ont également observé qu’un certain taux d’alcoolémie dans le sang rendait les salariés concernés plus créatifs dans leur travail.

C’est sur cette conclusion que surfe une agence de marketing danoise en lançant une bière qui aide le consommateur à atteindre son pic de créativité. Son nom « The Problem Solver ».

Sans entrer dans les détails du sujet , je vous invite plutôt à chercher et à réfléchir sur le pourquoi du pourquoi concernant la consommation de ces substances illicites. Est-ce que c’est uniquement pour stimuler leur créativité ? Est-ce que cela veut dire que tous le « créatifs » sont des grands buveurs ou des drogués en panne d’inspiration ? Comme s’il n’y avait pas d’autres moyens pour stimuler sa créativité ? Est-ce qu’on peut imaginer que le progrès et l’évolution humaine ont été bâtis sur de l’absinthe, le haschich, l’opium, le LSD, la cocaïne, l’alcool…

La réponse est bien sûr, non. Les substances psychoactives, par définition, créent des états modifiés de conscience et ce sont ces états qui sont considérés comme propices à la créativité. Mais cela ne veut pas dire ni qu’ils la stimulent toujours (ils peuvent également la freiner), ni que c’est la seule raison pour laquelle les gens en consomment, ou encore que c’est le seul moyen d’atteindre ces états propices à la créativité. Pour plus de détails, je vous invite à lire un article entièrement dédié au sujet de la créativité et les drogues.

Idée reçue n°8 : La créativité est opposée à l’esprit analytique, convergeant, « normatif »
Cette idée laisse à penser que « créativité » et « normes » ne vont pas ensemble. En effet, ,on associe souvent, la créativité au cerveau droit, intuitif et divergent, « hors-normes » en l’opposant au cerveau gauche, analytique et convergent, « normatif ». En réalité, cette idée, comme beaucoup d’autres, est réductrice.

Dans les techniques de créativité structurée on retrouve toujours les deux phases : celle de « divergence » correspondant aux stimulations ludiques et à la génération des nouvelles idées et une phase de « convergence » correspondant aux approches logiques pour filtrer les idées de la première phase et faire des choix pertinents.

Idée reçue n° 9 : Quand on est créatif, les idées arrivent par hasard
On s’imagine que pour les créatifs, les idées jaillissent naturellement et sans effort ou…par hasard.
Non, ce n’est pas si simple que cela et les idées ne naissent pas toutes seules.

« Dans les champs de l’observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés ». Louis Pasteur

Pour apparaître, les idées ont besoin non seulement d’un terrain « fertile » et préparé, mais aussi, d’un esprit capable d’associer les idées et surtout, savoir trier les bonnes des celles qui le sont moins et en retenant que celles qui répondent au besoin initial.

Attention également à ne pas confondre « sérendipité » et « créativité ».
La sérendipité est l’art de découvrir par chance ce que l’on ne cherchait pas (ex. la découverte du nouveau monde par Christoph Colomb) et c’est une ressource complémentaire à la créativité.

Idée reçue n° 10 : Les créatifs ont la tête dans les étoiles
Les créatifs savent surtout observer et analyser tout ce qu’il se passe autour d’eux.
Einstein disait:

Si j’avais une heure pour sauver le monde, je passerais 59 minutes à définir le problème et une minute à trouver des solutions.

Cette citation révèle l’importance de bien définir le problème avant de chercher des solutions. Combien de fois nous précipitons-nous pour trouver des solutions à un problème… alors que ce n’est pas le problème ? Poser le vrai problème requiert de la patience, de la lucidité, du questionnement, de l’ouverture et élargissement du cadre de référence.

Idée reçue n° 11 : Les créatifs sont des couche-tard

Une équipe italienne de l’université catholique de Milan a découvert que les personnes se couchant plus tard ont plus de chances de penser à des solutions créatives que les personnes du matin.

Pourtant, rester actif tard le soir s’inscrit dans les comportements dits « nouveaux » et ce n’est possible que depuis l’arrivée des bougies et de l’électricité.

D’un autre côté, même les couche-tard véritables vont se coucher à des heures plutôt raisonnables quand ils sont soumis à différentes contraintes telles qu’avoir des enfants, arriver au travail à 9h, prendre l’avion à 5h du matin….

Mason Currey, auteur de Daily Rituals: How Artists Work, montre qu’il n’existe pas une seule « bonne » façon de procéder. Il y a des grands esprits créatifs qui se levaient à quatre heures du matin et d’autres qui dormaient jusqu’à midi (ou au-delà).

Ce que toutes ces personnes ont en commun, c’était la mise en place d’un programme et d’une routine adaptés à leur tempérament et à leurs conditions de vie de façon à créer les conditions les plus favorables à leur travail créatif et surtout « un certain degré d’acharnement. ».

Idée reçue n° 12 : Si tu es créatif dans un domaine tu l’es dans tous les autres domaines

Probablement. Mais, à l’heure actuelle, les données manquent pour affirmer qu’il existe un certain « cloisonnement » entre les différentes formes de créativité ou, au contraire, pour soutenir qu’une personne créative dans un domaine (la peinture, par exemple) le serait forcément dans n’importe quel autre domaine (mathématiques, musique, cuisine…).

Les études montrent qu’il faut une immersion d’une certaine durée dans un domaine donné avant de pouvoir y devenir créatif. Ce qui laisse à penser que le poids de l’expérience et la maîtrise des concepts existants sont non négligeables en la matière.

Depuis les années 1980, les chercheurs estiment que la créativité est multidimensionnelle, qu’elle émane de la conjonction de plusieurs types de facteurs. Cette conception a débouché sur l’élaboration d’une « approche multivariée » de la créativité. Aujourd’hui, le modèle dominant postule l’existence de quatre types de ressources distinctes qui seraient nécessaires à l’émergence de productions créatives : des facteurs cognitifs (à savoir les connaissances et les opérations mentales sous-tendant les capacités cognitives), des facteurs dits « conatifs » (traits de personnalité, motivation), des facteurs émotionnels et l’environnement.

Et vous ? Quel type de « créatif » êtes -vous ?

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