CNV: La Communication Non Violente

Un peu partout dans le monde la violence est manifeste. Le sentiment d’insécurité se généralise et les ruptures de la communication et du dialogue entraînent l’agressivité, l’incompréhension, les malentendus, pour ne pas dire la haine et la paranoïa entre les uns et les autres.

La plupart d’entre nous présumons que nous ne sommes pas violents parce que notre vision de la violence est, dans la plupart des cas, faite de combats, de meurtres et de guerres. Sachez toutefois qu’il existe des actes de « violence passive » qui sont plus insidieux que la « violence physique ». Car c’est la violence passive qui alimente le feu de la violence physique.

Mais certaines façons de parler et des modes de communication particuliers nous coupent aussi de notre bienveillance naturelle et nous incitent à des comportements violents envers les autres et envers nous-mêmes. Parmi ces formes de communication aliénante citions :

  • Les jugements moralisants: qui impliquent que ceux dont le comportement ne correspond pas à nos valeurs ont tort ou sont mauvais (ex. « Le problème avec toi, c’est que tu es tellement égoïste », « Ce n’est pas correct », « Abruti ! »)
  • Faire des comparaisons (ex. comparer ses propres réalisations à celle de Mozart ou Einstein est un type de raisonnement qui entrave la bienveillance envers soi-même comme envers les autres)
  • Le refus de responsabilité qui empêche l’individu de prendre conscience qu’il est responsable de ses pensées, de ses actes, de ses sentiments en attribuant leur cause à des événements ou facteurs extérieurs (ex. « J’ai commencé à fumer parce que tous mes amis fumaient », « Je déteste aller travailler mais je suis obligé de le faire », « Je l’ai fait parce que c’était plus fort que moi »).
  • Communiquer ses désirs sous forme d’exigences (ex. « il faut », « on doit », « c’est comme ça », verbes à l’impératif : « Rends-le-moi », « Fais-le », « Tais-toi »).

La non-violence consiste à faire émerger ce qu’il y a de positif en nous. Cela implique de remplacer les comportements égocentriques, égoïstes, avides, haineux, pleins de préjugés, de suspicion et d’agressivité par l’amour, le respect, la compréhension, l’appréciation, la bienveillance et l’attention envers les autres.

Les techniques de Communication Non Violente exposées par M. Rosenberg dans son livre Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) s’avèrent être des outils extrêmement précieux pour vivre avec un peu moins de violence et un peu plus de sociabilité. Ces outils permettent de trouver les mots, les attitudes pour écouter l’autre et se faire entendre par lui dans les situations les plus tendues ou nouvelles (auxquelles les gens ne sont en général pas préparés).

Lorsque nous communiquons, nous mélangeons sans le savoir trois niveaux de discours (faits, interprétations, sentiments) qui produisent des effets différents sur nos interlocuteurs.

Même si on ne peut pas vivre sans interprétations, lorsqu’elles sont trop présentes dans notre discours, elles peuvent créer des tensions et des malentendus et manifeste une tendance à affirmer sans vérifier ou actualise les faits. L’individu se présente alors comme détenteur de LA vérité et perd ses capacités d’écoute.

Ainsi, pour améliorer nos relations avec les autres, il est nécessaire de rééquilibrer notre communication :

  • En ajoutant l’explicitation des faits sur lesquels on base ses interprétations des faits et les sentiments que l’on éprouve
  • En supprimant les messages « tu » qui blâment et qui accusent
  • En relativisant ses propos avec des messages « je » pour rester ouvert à d’autres points de vue
  • En demandant les actions que l’on souhaite

Comment pratiquer la CNV 

Dans chacune de vos communications vous devez pouvoir « découper » votre discours selon les quatre niveaux suivants :

Etape 1. Faits : ce qui s’est passé de manière neutre, objective, descriptive et mesurable

La première composante de la CNV consiste à séparer l’observation et évaluation. Commencer donc par observer sans évaluer. Observer clairement ce que vous voyez, entendez ou touchez et qui affecte votre bien-être, sans y mêler la moindre évaluation. En effet, lorsque nous mélangeons observation et évaluation, notre interlocuteur risque d’entendre une critique et nous avons peu de chances d’être entendus.

Décrivez la situation ou le comportement face à vous, de sorte que n’importe quelle autre personne puisse la voir exactement comme vous. Utilisez un langage factuel et « non-évaluatif ». Il s’agit de décrire en détail, sans poser d’étiquette, de critique, d’analyse…

Exemple

Au lieu de dire « Paul est un mauvais footballeur » (jugement) dites plutôt « En vingt matches, je n’ai pas vu Paul marquer un seul but ». (observation)

A la place de « Les immigrés ne savent pas entretenir leur jardin » (jugement) dites plutôt « « Je n’ai pas vu nos voisins immigrés tondre leur pelouse ». (observation)

Etape 2. Votre Interprétation : processus inférentiel, qui consiste à donner une signification à une situation et reflète nos croyances sur nous, les autres et le monde.

Faites attention à bien distinguer sentiments et interprétations mentales. Une confusion fréquente est due à l’emploi du verbe « sentir » dans les phrases où nous exprimons nos pensées plutôt que nos sentiments. Par exemple, dans une phrase comme « Je sens que je me suis fait avoir » il serait plus juste de remplacer le verbe « sentir » par le verbe « penser ».

Evitez l’utilisation du « message-tu » qui blâme, accuse, reproche : « tu es… », « tu devrais… », « tu fais… ». Ce genre de message génère naturellement des réactions de contre-attaque qui peuvent amener au conflit.

Préférez le « message-je » dans lequel vous affichez qu’il s’agit de votre point de vue : « je pense que… », « de mon point de vue… »

Exemple :

Au lieu de dire : « Tu es impoli », « tu es exaspérant », « tu es arrogant »

Dites plutôt :« De mon point de vue, quand tu ne me dis pas bonjour, je trouve cela impoli ».

Etape 3. Sentiments/Emotions :  l’impact de la situation sur vous

Ils véhiculent l’impact de la situation sur vous dont les autres n’ont pas toujours conscience d’ailleurs. Evitez surtout les faux sentiments qui traduisent des jugements et des critiques.

Posez-vous la question « Qu’est-ce que j’éprouve ? » / « Qu’est-ce que je ressens dans cette situation ? ». En développant un vocabulaire affectif qui nous permet de décrire clairement nos émotions, nous pouvons établir plus facilement un lien avec les autres. Malgré ce qu’on peut croire, montrer notre vulnérabilité en exprimant nos sentiments peut aider à résoudre des conflits.

Exemple :

Au lieu de dire : « Tu ne m’aimes pas », « tu es exaspérant »

Quand tu n’écoutes pas ce je dis, je me sens découragé(e) /Je me sens abandonné(e) / je me sens dévalorisé(e)……

Etape 4. Demander les actions que l’on souhaite :  s’exprimer de manière concise, avec des demandes claires

Il s’agit ici de faire une demande (vs. exiger) selon les critères suivants : réalisable, concrète, précise et formulée positivement.

Les demandes exprimées sur un mode autoritaire ou contenant des termes qui expriment l’obligation (« il faut », « on doit », « c’est comme ça », verbe à l’impératif, etc.) sont des exigences.

Il faut donc distinguer entre « exigences » et « demandes ».

Exemple :

 « Ne dites plus : « Tu ne m’écoutes jamais ! », dites plutôt : « Lorsque je parle, pourrais-tu attendre que j’aie fini, avant de prendre la parole afin que je … ? »

Même si la CNV ce n’est pas une manière de parler qu’il faudrait suivre à tout prix elle propose un ensemble de repères destinés à faciliter l’expression de la bienveillance et à améliorer les relations interpersonnelles. Elle nous aide à reconsidérer la façon dont nous nous exprimons et dont nous écoutons l’autre. Elle suscite une qualité d’écoute, de respect et d’empathie et fait naître un courant de générosité réciproque. Certaines personnes utilisent la CNV pour mieux cerner leurs propres besoins, d’autre pour approfondir une relation, établir des relations professionnelles efficaces ou gérer des situations politiques.

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