Drogues et créativité, le paradoxe de l’oeuf et de la poule

Une dose de….créativité

L’histoire de l’œuf et de la poule me revient encore une fois à l’esprit quand il s’agit du lien existant entre la créativité et la consommation des substances toxiques.

Car ce « lien », ou corrélation positive, comme le diraient les statisticiens,  il existe depuis des siècles. La liste des intellectuels, artistes, grands visionnaires scientifiques ayant subi une dépendance à la drogue ou à l’alcool ou qui revendiquaient tout simplement leur consommation est longue.

Dans les milieux scientifiques et artistiques, à des fins scientifiques ou récréatives, l’absinthe, le haschich, l’opium, le LSD, la cocaïne ont toujours été présents. Les romantiques prenaient des opiacés et des drogues comme le laudanum et la morphine étaient consommées par les poètes et les peintres.

Peintres comme écrivains participaient à l’étude et à l’expérience des drogues en faisant partie du « Club des Haschischins » fondé par le docteur Jacques-Joseph Moreau de Tours, en 1844.

Parmi les membres célèbres du Club on retrouve des peintres comme Eugène Delacroix ou M. Daumier, des poètes comme Théophile Gautier, Charles Baudelaire ou Gérard de Nerval, des écrivains comme Honoré de Balzac, Alexandre Dumas et Benoît Levingston.

D’autres écrivains célèbres qu’on peut citer par rapport à leur dépendance à la drogue et à l’alcool : Verlaine, Rimbaud, Huxley, Kerouac, Burroughs Steinbeck, Faulkner, Hemingway, Carver, Timothy Leary célèbre partisan des bienfaits du LSD ou encore Stephen King.

Dans le milieu musical la consommation de drogue est presque normale et prônée par certains. Les Beatles et la folie des années ’60 en passant par le tristement célèbre Club des 27 et autres chanteurs célèbres comme Billie Holiday, Edith Piaf, Elvis Presley…  traduisent ce lien avec les substances toxiques.

Dans le milieu scientifique on retrouve Thomas Edison, le chimiste français Mariani qui avait développé une boisson à base de vin de Bordeaux et de  6 à 7 mg de cocaïne par bouteille, Sigmund Freud qui a écrit même un essai  sur le effets bénéfiques de la cocaïne  (Über Coca, publié en 1884) Bill Gates ou encore Steve Jobs qui affirmait que prendre du LSD dans les années 1960 a été  «l’une des deux ou trois choses les plus importantes qu’il avait faites dans sa vie».

Paul Erdős, un célèbre mathématicien hongrois semble lui-aussi partager le même sentiment :

«Avant, lorsque je regardais une feuille blanche, mon esprit était plein d’idées. Aujourd’hui, tout ce que je vois c’est une feuille blanche».

Des raisons bien plus profondes

Est-ce que le fait de parler d’un lien entre substances toxique et création ne serait-il pas juste une demi-vérité ? Un raccourci mental qu’on fait tous un peu de manière superficielle ?

C’est bien connu que les drogues et autres substances toxiques psychoactives, « par définition, créent des états modifiés de conscience », comme l’explique le neurobiologiste Jean-Paul Tassin, directeur de recherche à l’Inserm. Et ce sont ces états qui sont en effet  « propices » à la créativité.

Par leur côté désinhibiteur, ces substances permettent de sortir de sentiers battus, d’aller là où n’osait pas aller et de faire des connexions et associations d’idées que notre esprit inhibé et censuré jusque-là n’osait pas les faire.

En enlevant, cette inhibition la place est laissée au vagabondage mental et à l’imagination.

Mais puisque on peut aussi atteindre ces états sans prise de drogue, intéressons-nous aux autres raisons, bien plus profondes qui peuvent traduire cette consommation des drogues et/ou de l’alcool.

On connait Baudelaire et son spleen dans ses poèmes en prose :« Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. »

Ou encore Alfred Musset, qui écrivait:

«Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ».

L’ancien Beatles George Harrison, parle d’une recherche permanente de cette «autre chose »  qu’il n’arrive pas à combler ou à trouver:  « Toute votre vie vous vouliez être riche et célèbre, et lorsque vous devenez riche et célèbre, vous vous rendez compte que ce n’est pas que vous cherchiez, qu’il doit y avoir autre chose. »

Aujourd’hui, on apprend également plus sur Lady Gaga, son addiction à la drogue et la difficulté de vivre sa célébrité :

« J’ai été accro à de nombreuses choses, depuis tout jeune. Mais depuis 7 ans, mon addiction est de plus en plus lourde. Le truc, c’est que c’est très difficile à vivre d’être célèbre ». Elle poursuit : « C’est merveilleux d’être célèbre parce que j’ai des fans extraordinaires, mais il est très, très difficile à faire semblant de se sentir heureux et agir comme si vous l’étiez, parce que je suis un être humain aussi et je cède (…) ».

Linda Leonard, auteur et organisatrice des ateliers pour artistes sur le thème de la dépendance et de la créativité parle des artistes qui utilisent l’alcool pour explorer leur côté obscur, d’une expérience au-delà d’une réalité fade et ordinaire, de peur et de lutte contre la perte de contrôle émotionnelle.

La consommation de drogues et de l’alcool semble plutôt liée plutôt à une souffrance identitaire et à une quête de soi qu’à l’art et la création à proprement parler, soit en cherchant de les éviter soit en s’y enfonçant volontairement. D’ailleurs, lorsqu’on parle de la création, on parle de la transgression de ses propres limites, d’une recherche de soi, d’une certaine sensibilité, du travail et de tout ce qui alimente et développe  l’intellect et le monde intérieur du créateur.

Il faut rappeler aussi que ce n’est pas parce que quelqu’un prend de la drogue qu’il va atteindre son génie créateur. Le travail acharné,  la sensibilité, la vision et de nombreux autres aspects et facteurs entrent en équation quand ils s’agit de la création.

Une route très dangereuse

Mais cette prise de drogues c’est comme conduire sur une route très dangereuse.

D’ailleurs, leurs effets peuvent s’avérer totalement contre-productifs. Ce que les drogues « offrent » d’un côté, ils vont en retirer de l’autre côté…. Ce pouvoir de création attribué aux drogues c’est  comme une Himère  car leurs effets secondaires enlèvent la possibilité d’en profiter. Et cela d’autant plus quand l’expérimentation se fait avec des substances de mauvaise qualité, sans connaître les substances et sa propre réceptivité à leurs effets.

Les Beatles se sont rendus compte eux-mêmes que lorsqu’ils composaient ou enregistraient des titres alors qu’ils étaient sous l’emprise de la drogue, le résultat était très mauvais.

L’addiction de Stephen King aux drogues et à l’alcool était si forte qu’il se souvient à peine avoir travaillé sur certains de ses best-sellers. Un jour il a perdu conscience à la suite d’une consommation de cocaïne trop élevée. Dans son bureau : « des cannettes de bière, des mégots de cigarettes, de la cocaïne en bouteille, de la cocaïne dans des sacs plastiques, des cuillères à coke encroûtées de morve et de sang, de Valium, de Xanax, de bouteille de toux Robitussin, de NyQuil – un médicament contre le rhume, et même de bouteille de bain de bouche… ».

Des témoignages anonymes sur Internet des consommateurs réguliers confirment également qu’une fois l’effet euphorisant est passé, « c’est l’enfer sur terre ».

Dans les Huit circuits de conscience Laurent Huguelit confirme aussi l’effet contre-productifs de ces substances : « Le tabac, l’alcool et les opiacés sont les drogues les plus addictives physiquement ; lorsqu’elles sont mal utilisées, elles sur-enracinent l’être » et l’empêchent d’atteindre de plus hauts niveaux de conscience.

Le prix de cette consommation s’avère être, dans la plupart des cas, fatal. Un grand nombre de ces grands esprits, des Prix Nobels également, sont disparus au sommet de leur gloire. On ne peut que se demander ce qu’aurait pu être leur travail s’ils auraient vécus plus longtemps et/ou sans cette vie bipolaire.

Même résultats (voir meilleurs) en prenant une voie sûre

La question qui se pose maintenant : Est-ce qu’ils existent d’autres moyens pour atteindre ces états de conscience qui ouvre les portes de la perception et de l’imagination ? Ou, en allant plus loin : est-ce qu’ils existent d’autres moyens pour lâcher-prise, se sentir bien physiquement et mentalement,  pour aller au-delà de la désinhibition et pouvoir faire des liens conceptuels dans son cerveau entre des choses et idées  qu’on ne relierait pas normalement ?

George Sand écrit dans son autobiographie:

 L’inspiration peut traverser l’âme aussi bien au milieu d’une orgie que dans le silence des bois; mais quand il s’agit de donner une forme à la pensée, (..) il faut avoir l’entière possession de soi-même.

La création implique un lien fort entre le corps et l’esprit. Selon un  article publié dans Nature Neuroscience par plusieurs chercheurs de l’Université de Montréal,  nos morceaux de musique favoris seraient aussi euphorisants que la drogue, le plaisir musical étant semblable à celui procuré par la cocaïne.

Le psychologue Timothy Leary indique que la méditation, le yoga et la privation sensorielle sont aussi des voies d’accès à la créativité et ses états modifiés de conscience. « Ce n’est pas la drogue qui produit l’expérience transcendante, écrit-il en 1964 dans  A psychedelic manual. Elle agit comme une simple clef chimique – elle ouvre l’esprit, libère le système nerveux de ses modèles et structures ordinaires. »

Les nombreuses techniques de créativité structurée produisent également le même résultat. D’ailleurs, dans la phase dite d’incubation (une des 4 phases du processus créatif)  le but est de lâcher-prise et de laisser son inconscient travailler. Pour le faire, il est conseillé de faire une activité très différente et peu consommatrice en charge mentale : contempler la nature, écouter de musique, sortir de chez soi, faire du sport. Le meilleur moment pour avoir le fameux « Eurêka » est lorsque « le cerveau n’est pas au maximum de son efficacité intellectuelle logique, alors que le corps et en pleine forme physique » comme nous l’apprend F. Debois dans son livre La boite à outils de la créativité.

Une alimentation saine et certaines catégories d’aliments comme les glucides lents, les oléagineux, le chocolat noir sont aussi cités dans les médias pour leur action sur le cerveau en termes de détente.

Il est donc très important de comprendre qu’aujourd’hui nous avons de la chance de connaître tous ces mécanismes et de disposer de tellement d’outils qui nous permettent d’atteindre les mêmes résultats en termes de création et cela,  sans nous détruire. Au contraire : en augmentant notre énergie, notre maîtrise et notre estime de nous-même et en utilisant vraiment tout notre potentiel créateur.

RelatedPost

1 Trackbacks & Pingbacks

  1. TOP 12 IDEES RECUES SUR LA CREATIVITE | Art Tech Metaphors

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*