Le Paradoxe de l’Authenticité

L’authenticité « adaptive »

L’authenticité est associée avec l’intégrité et la sincérité envers nous-mêmes (nôtre « vraie » nature ; « être soi-même », « être fidèle à soi-même »).

Au cours de ces dernières années, le nombre d’articles mentionnant « l’authenticité » comme une de ces qualités humaines qu’il faut avoir pour être un professionnel efficace a augmenté de façon spectaculaire.

D’un autre côté, la frustration, la désillusion, la discordance avec ses valeurs personnelles sont citées parmi les principales raisons dans le changement de carrière. L’authenticité apparaît aussi comme étant la qualité la plus rare à trouver chez les autres quand il s’agit de bâtir une relation.

L’authenticité est presque devenue un cliché, mais ne pas la comprendre correctement, peut nuire à son propre développement personnel et professionnel.

L’illusion d’un « soi » stable

Nous sommes chacun une rivière avec un caractère constant, mais nous montrons des aspects radicalement différents de nous-mêmes en fonction du territoire que nous traversons. – D. White

Ceci est l’un de mes dictons préférés et une philosophie de vie sur nos vraies couleurs en tant qu’êtres humains. C’est celui qui représente au mieux toutes les façons étranges et inexplicables par lesquelles nous appartenons à nous-mêmes et aux autres.

Alors que tous les psychologues conviennent que le « soi » n’est pas un phénomène fluide et qu’il n’y a rien de tel qu’une personnalité fixe, nous avons encore tendance à considérer le soi comme une base stable. Pour D. White aussi, le soi « se déplace, change et nous surprend comme rien d’autre venant du monde extérieur » et le monde extérieur façonne toujours notre expérience intérieure.

Nous sommes facilement séduits par la notion de caractère stable. Cependant, à partir de la dynamique du milieu de travail aux relations amoureuses et jusqu’à notre auto-actualisation, dans la plupart des cas, nous ne faisons que réagir vs. agir. Nous restons parfaitement ignorants du fait qu’une grande partie de qui nous sommes, de ce que nous pensons et ce que nous faisons est le résultat des situations dans lesquelles nous nous trouvons, en plus d’une multitude d’autres biais psychologiques qui obscurcissent notre interprétation de la réalité.

La vie elle-même est un train d’humeurs, de saisons et le « caractère » est fluide et sensible au contexte plutôt qu’un ensemble statique de traits.

Comme le philosophe espagnol, Jose Ortega y Gasset, l’a dit :

 « Je suis, plus mes circonstances ».

Tout est relatif. Non seulement nous considérons les autres différemment compte tenu de la situation, mais nous nous percevons différemment  aussi.

Même les plus intimes de nos perceptions – notre sentiment même de soi – est façonné par l’endroit où nous sommes et par ceux avec qui nous nous retrouvons autour de nous. Nous avons tendance à dessiner la façon dont nous nous comportons en fonction de ceux qui nous entourent et où nous nous trouvons, auquel on peut ajouter plusieurs autres facteurs tels que le niveau de fatigue, notre perception de qui nous regarde, si nous sommes seuls ou faisons partie d’un groupe, les liens que nous avons avec les personnes autour de nous et même notre degré de créativité.

En grandissant, on trouve des espaces de stationnement et honorons nos cartes de crédit. Nous nous marions et avons des enfants et appelons cela grandir. Je pense que ce que nous faisons la plupart du temps c’est de vieillir au lieu de grandir. Nous accumulons des années dans notre corps et sur ​​nos visages, mais en général, notre véritable moi, l’enfant à l’intérieur, est encore vivant et innocent. Nous pouvons agir d’une manière sophistiquée et mondaine mais je crois que nous nous sentons le plus en sécurité quand nous allons à l’intérieur de nous-mêmes et trouvons un refuge, un endroit où nous appartenons et peut-être le seul endroit où nous appartenons et qui est ce que nous sommes vraiment. » Maya Angelou

La zone de confort

Un des dangers résultant d’une compréhension erronée du concept de « soi » et ce que « rester fidèle à soi-même » signifie vraiment, c’est la zone de confort.

« Comparé à ce que nous devions être, nous sommes qu’à moitié éveillés. Nous faisons usage de seulement une petite partie de nos ressources physiques et mentales. De manière générale, l’individu humain vit à ce jour au sein de ses limites. Il possède toutes sortes de pouvoirs qu’il ne parvient pas habituellement à utiliser ». -William James

Au travail, ainsi que dans notre vie personnelle, nous nous retrouvons plusieurs fois confrontés à des situations nouvelles, à des personnes nouvelles, à de nouveaux rôles – qui exigent de nous d’apprendre de nouvelles compétences, d’essayer de nouvelles façons de faire et / de voir les choses, et qui, par conséquent, nécessiteront de nouveaux comportements de notre part.

Au début, beaucoup de ces nouveaux comportements vont être ressentis comme étant « contre nature », inconfortables et inauthentiques (au lieu de véritables et spontanés), tout simplement parce qu’ils sont nouveaux et parce que l’apprentissage implique nécessairement une certaine forme d’imitation (vs. d’originalité).

Dans « Gérer l’authenticité, le paradoxe du grand leadership », les auteurs écrivent : « dans les affaires en général, beaucoup d’entre nous travaillons avec des personnes qui ne partagent pas nos normes culturelles et ont des attentes différentes sur la façon dont nous devons nous comporter. Il peut souvent sembler comme si nous avons à choisir entre ce qui est attendu – et donc efficace, et ce qui est authentique ».

Cependant, beaucoup d’entre nous apprécient la sécurité et avons peur de l’inconnu. Nous aimons vivre une vie remplie de prévisibilité et nous validons constamment les « raisons » qui nous font rester dans les limites « sûres » de ce que nous savons. Et où cette confusion entre la sécurité et la prévisibilité existe, il y a généralement un déni et une résistance, au début, qui peuvent être difficiles à vivre et ressentis comme étant « inauthentiques ». Cela peut amener à la frustration, à un sentiment d’impuissance ainsi qu’à une remise en question de qui nous sommes et de nos vraies capacités.« 

L’authenticité « adaptive »

La vérité c’est qu’être authentique signifie également se sentir inconfortable. Cela signifie également marcher sur des chemins qui semblent « inauthentiques » au début, jusqu’à ce que « l’inauthentique » devient « authentique ».

Et alors que nous devons continuer à rester « vrais » à nos « valeurs », nous devons aussi les réévaluer sur une base constante et apprendre à développer ce qu’Herminia Ibarra, auteur de Act as a Leader, Think Like a Leader (Harvard Business Review Press, 2015) appelle, une  » authenticité adaptative ».

L’authenticité évolutive implique une certaine ouverture d’esprit qui passe par l’abandon d’anciennes façons de voir le monde et nous-mêmes, et par la compréhension du changement comme étant la seule constante dans la vie, Cela signifie donc de rester souple et confortable devant l’inconnu, d’être prêt à apprendre, à progresser et à explorer plusieurs « soi ».

Dans Gérer l’authenticité : le paradoxe du grand leadership, qui retrace les expériences des leaders authentiques dont Greg Dyke de la BBC, Peter Brabeck- Letmathe de Nestlé et Jean Tomlin de Marks & Spencer, les auteurs affirment que :

« L’établissement de votre authenticité en tant que leader est un défi en deux parties. Vous devez faire en sorte que vos mots correspondent régulièrement avec vos actes ; autrement, vos interlocuteurs ne vous percevront jamais comme étant authentique. Mais il ne suffit pas seulement de mettre en pratique ce que vous prêchez. Pour amener les gens à vous suivre, vous devez aussi les amener à s’identifier à vous. Cela signifie de présenter différents visages à différents publics – une exigence que beaucoup de gens trouvent difficile à concilier avec l’authenticité … ».

La vie est tellement intéressante et compliquée et… belle. Chaque jour est différent, chaque interaction est différente. Il est important que nous réalisions que nous ne sommes pas un produit fini, mais plutôt « des travaux en cours » – et que ce que nous sommes ici et maintenant, ne peut pas être la même personne que nous serons ailleurs et après. En fait, c’est cette vision de l’individu en tant qu’entité fixe qui pose des problèmes.

C’est seulement quand nous voyons notre « vrai moi » comme toujours en attente d’être découvert que notre potentiel sera illimité.

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